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J.C. Chauzy : papier et godets à sa main

Le 09/12/2022 0

Dans Les mains

Nous avons rencontré Jean-Christophe Chauzy lors du Festival de la BD à Amiens. J’avais pu évoquer avec lui sa passion de travailler à la main et à l’aquarelle. Une pratique naturelle et évidente pour l’auteur.

Pour Jean-Christophe, tout commence avec une feuille quadrillée et un miroir. « J'utilise les carreaux pour avoir des horizontales et des verticales, ça facilite mon regard et je peux travailler les obliques. L’oeil fait des erreurs et j’ai besoin du miroir pour voir les défauts que je ne perçois pas. Il le fait de manière imparable. Ce sont des gardes fous qui me permettent de rétablir une zone qui n’était pas ce que je souhaitais ! »

Quant à sa main, il a appris à la dominer : « Elle est le prolongement de mon œil, de mon cerveau. Suite à des problèmes de santé, ma main tremblait très fortement. Quand on dessine ce que je fais, on doit être le plus en maîtrise possible, comme un sportif ! Les efforts produits par la main, les muscles, les tendons, on ne les réfléchit plus. Et là, j'étais dans une position physique où j’étais obligé de contraindre ma main à rester près de ma feuille, à presque dessiner à deux mains. À cet instant, j’ai pris conscience d’une espèce de naturel que maîtrise le cerveau et qui donne l’impression de facilité. Ça fait aussi la beauté de ce genre de boulot où ça ne tient à pas grand chose pour que cela se casse la figure et à beaucoup pour que cela devienne naturel. Et ça, je ne peux pas l’abandonner car j’en viens. Ça a été un apprentissage long, progressif, et j’ai l’impression d'être au début. J’ai envie d’imaginer des dessins qui permettent de réaliser d’autres cas de figure, d’autres associations colorées et d’autres formats. C'est sans fin ! »


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Extrait de la BD série complète - "Le reste du monde"

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L’auteur aborde le jeu subtil entre papier et aquarelle : « Je travaille avec des aquarelles de qualité, en godet. J’utilise un beau papier et j’ai besoin d’un grain assez fin. Je ne sais pas ce que va donner la couleur quand elle sèche, à plus forte raison quand on fait se fondre les couleurs entre elles. On ne sait pas jusqu'où va aller la fusion. Ce papier est fait de minis godets, d’altitudes et de creux. Certains pigments seront figés dans les godets et d’autres sur les sommets. Ca donne parfois des impressions de fusion velouté avec des accidents de couleur que l’on maitrise assez mal. Mais c’est toute la beauté de la chose. On l'initie mais la matière continue à faire ce dont elle a besoin. »

"Nous sommes assez peu à faire des pages en couleur directe."

Jean-Christophe poursuit : « C’est un plaisir que je ne pourrais pas lâcher. Mais me priver de ce qui arrive sur la page et que je maitrise en partie ou guide à mon avantage. C’est une espèce de dialogue entre la couleur, l’eau, le papier et moi. Sur une tablette, on a pas ce combat ! »

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Son travail à la main semble proche d’un artiste peintre mais son avis est tout autre : « Moi, c'est fait pour raconter des histoires. Je ne suis pas dans la contemplation, c'est beau la contemplation ! Mais pour moi, celle-ci se situe dans un fil de lecture. Chaque page est un morceau de ma vie, de mes pensées. Je vois la cohérence d’un récit sur 30 pages et non d’une seule. Mon cadre, c'est 120 pages, ayant des unités cellulaires comme la double page, la page, la case… » Voilà une réflexion qui a pris le temps de la maturité, d’un auteur toujours prêt à découvrir d’autres planches à imbiber d’eau, de couleurs, de mots, posés à sa main... 

 

Interview : Léandre Leber
Photos : Kevin Devigne

Jean Philippe Chauzy art culture amiens bande dessinée

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